Mémoire & histoire

Retrouver un parcours de 1939-1945 dans la Drôme : archives, bases de données et démarches

Mémoire & histoire · Publié le 2026-10-26

Vitrine éclairée du Mémorial de la Shoah à Paris contenant les tiroirs et les fiches cartonnées du fichier des Juifs
Le « fichier juif » exposé au Mémorial de la Shoah, à Paris. Photographie de Charvex, versée dans le domaine public.

Une grand-mère réfugiée à Dieulefit, un oncle passé par le groupement de travailleurs étrangers de Crest, une famille arrêtée à Nyons : retrouver la trace d'une personne dans la Drôme des années de guerre est possible, à condition de savoir quels services conservent quoi. Voici une méthode, du plus proche au plus lointain.

1. Rassembler ce que l'on sait

Avant d'écrire à une institution, il faut fixer quelques repères : nom et prénoms, avec toutes leurs graphies possibles (un nom yiddish, polonais ou allemand a souvent été transcrit de plusieurs façons par l'administration française) ; date et lieu de naissance ; nationalité à l'époque ; adresses connues, même approximatives ; dates de départ ou d'arrestation. Les papiers de famille, même anodins, fournissent souvent ces informations : une carte d'identité portant un tampon, une carte d'alimentation, une lettre datée.

Notez aussi ce que vous ignorez. Une recherche bien formulée dit clairement ce qui est connu et ce qui est cherché ; elle a beaucoup plus de chances d'aboutir.

2. Les Archives départementales de la Drôme

Les Archives départementales, à Valence, conservent les fonds de la préfecture de la Drôme et des sous-préfectures (notamment celles de Nyons et de Die). Pour la période de la guerre, on y trouve notamment, selon la description qu'en donne le portail européen de recherche sur la Shoah (EHRI) à partir d'une copie microfilmée par le United States Holocaust Memorial Museum :

Cette copie, reçue par le musée américain en mars 2001, reprend des cotes comme 251 W 1, 251 W 2, 357 W 4 ou 132 J 3. Elles donnent une idée des séries à demander, mais c'est l'inventaire des Archives départementales qui fait foi. Le dossier pédagogique « Les Juifs dans la Drôme » du Musée de la Résistance en ligne rappelle que, d'après le recensement préfectoral du 15 mars 1942, 967 Juifs de plus de quinze ans étaient alors déclarés dans le département.

Les registres d'état civil, les listes nominatives des recensements de population et les délibérations municipales, conservés aux Archives départementales ou en mairie, complètent ces fonds. Un registre d'école ou un registre de délibérations peut attester une présence à une date précise.

3. Les délais de communication

Les archives publiques sont en principe librement communicables, mais le code du patrimoine (article L213-2) prévoit des délais pour les documents qui touchent à la vie privée, au secret de la défense nationale ou aux procédures judiciaires. Pour la Seconde Guerre mondiale, un arrêté du 24 décembre 2015 a accordé une dérogation générale ouvrant de nombreux fonds avant l'expiration de ces délais, notamment ceux des juridictions d'exception et de la police judiciaire de 1939 à 1945, sous réserve de la déclassification des documents classés secret-défense. Le ministère de la Culture en présente les effets dans un article sur l'ouverture des archives au plus grand nombre. Pour un document qui reste fermé, une demande de dérogation individuelle peut être adressée au service d'archives.

4. Le Mémorial de la Shoah

Le Mémorial de la Shoah, à Paris, réunit un centre de documentation (archives, bibliothèque, photothèque) ouvert à tous, du chercheur à l'étudiant. Sa Salle des noms traite les demandes de renseignements sur une victime, vérifie l'inscription d'un nom sur le Mur des noms et corrige les informations de sa base de données, à condition de fournir des documents écrits. Le Mur des noms porte ceux des quelque 76 000 Juifs déportés de France entre 1942 et 1944, gravés par année de déportation et par ordre alphabétique.

Le Mémorial expose aussi une partie du « fichier juif » constitué sous l'Occupation, visible sur la photographie en tête de cet article.

5. Le Service historique de la Défense

Deux implantations du Service historique de la Défense intéressent la Seconde Guerre mondiale :

Le portail Mémoire des hommes, du ministère des Armées, renvoie vers ces inventaires et propose des bases nominatives.

6. Yad Vashem et les sources internationales

La base centrale des noms des victimes de la Shoah de Yad Vashem rassemble des listes et des « feuilles de témoignage » remplies par des proches. La base des Justes parmi les Nations permet, de son côté, de retrouver le dossier d'une personne qui a aidé des Juifs ; voir notre article comment devient-on Juste parmi les Nations. Les Arolsen Archives, en Allemagne, conservent les fonds de l'ancien Service international de recherches, consultables en partie en ligne.

7. Les ressources locales

Dans le pays de Dieulefit, l'association Patrimoine, Mémoire, Histoire (PMH), fondée en 2008, travaille sur la mémoire locale de la guerre et organise des rencontres historiques. Les travaux d'historiens départementaux, comme le recensement des arrestations de Juifs dans la Drôme établi par Robert Serre, donnent des repères précieux pour situer un parcours individuel. Pour le contexte local, voir notre article sur Dieulefit sous l'Occupation.

Rédiger une demande

  1. Une page suffit : identité de la personne recherchée, dates et lieux connus, votre lien avec elle.
  2. Précisez ce que vous cherchez (une date d'arrivée, une adresse, une trace d'internement).
  3. Joignez les copies des documents qui vous ont mis sur la piste.
  4. Demandez les cotes des documents trouvés, pour pouvoir les citer et les retrouver plus tard.

Sources