Mémoire & histoire

Les Justes parmi les Nations de Dieulefit et des villages voisins : noms, dates et sources

Mémoire & histoire · Publié le 2026-10-26

Une ruelle couverte de Dieulefit, étroite et en pente, avec des marches de pierre entre de hauts murs crépis
Rue Brugière, à Dieulefit, en juillet 2022. Photographie de Benoît Prieur, CC0.

Un Juste parmi les Nations est une personne non juive qui, au péril de sa vie, a aidé des Juifs persécutés pendant la Shoah. À Dieulefit, neuf habitants ont reçu ce titre. Leurs noms sont connus ; ce qu'ils ont fait l'est parfois beaucoup moins. Cet article s'en tient à ce que disent les sources publiques.

Ce que signifie le titre

Le titre de Juste parmi les Nations est décerné par Yad Vashem, l'institut de mémoire créé à Jérusalem en 1953. Le Comité français pour Yad Vashem le présente comme la plus haute distinction civile décernée par l'État d'Israël. Il récompense des personnes qui ont apporté une aide réelle à un ou plusieurs Juifs en danger, en connaissance des risques qu'elles prenaient pour elles-mêmes et leurs proches, et sans contrepartie. Depuis 1963, une commission présidée par un juge de la Cour suprême israélienne examine les dossiers. Les étapes de la procédure sont décrites dans notre article comment devient-on Juste parmi les Nations.

Les personnes reconnues, ou leurs ayants droit, reçoivent une médaille gravée à leur nom et un diplôme d'honneur ; leur nom est inscrit sur le Mur d'honneur du Jardin des Justes à Yad Vashem. En France, les noms sont aussi gravés sur le mur de l'Allée des Justes, à Paris, près du Mémorial de la Shoah.

Les neuf Justes de Dieulefit

Le tableau ci-dessous reprend la liste des Justes de la Drôme publiée sur Wikipédia, qui s'appuie sur les informations de Yad Vashem et les découpages administratifs de l'époque. Les professions sont celles indiquées dans cette liste ; « année » désigne l'année de reconnaissance.

NomDatesProfession indiquéeAnnée
Henri Morin1901-1978industriel1965
Marguerite Soubeyran1894-1980directrice d'école1969
Simone Monniernée en 1913institutrice1969
Catherine Krafft1899-1982directrice d'école1969 (dossier du Comité français)
Jeanne Barnier1918-2002secrétaire de mairie1988
Pol Arcens1894-1957directeur d'établissement d'enseignement secondaire1988
Madeleine Arcens, née Lebanniernon indiquéesdirectrice d'établissement d'enseignement secondaire1988
Elie Abel1892-1944cultivateur2011
Emmeline Abel, née Bres1890-1974cultivatrice2011

La liste ne donne pas d'année de reconnaissance pour Catherine Krafft. Le dossier que lui consacre le Comité français pour Yad Vashem (dossier 493A) indique une reconnaissance le 18 février 1969, la même date que celle de Marguerite Soubeyran et Simone Monnier (dossier 493). La date de décès de Marguerite Soubeyran est parfois donnée au 14 novembre 1980 ; le fichier des personnes décédées de l'Insee indique le 16 novembre 1980, à Dieulefit.

Trois femmes et une école

Marguerite Soubeyran dirigeait l'école de Beauvallon, une maison d'enfants qu'elle avait fondée en 1929 avec Catherine Krafft ; selon le Comité français pour Yad Vashem, Catherine Krafft et Simone Monnier faisaient partie de l'équipe enseignante. Les trois femmes y ont caché des jeunes Juifs, dont certains avaient été envoyés par l'Œuvre de secours aux enfants (OSE). Leur histoire est racontée dans notre article sur l'école de Beauvallon. Elles ont été surnommées « les fées » de Beauvallon ; le Comité français pour Yad Vashem attribue l'expression à Louis Aragon, le Musée de la Résistance en ligne à la journaliste Andrée Viollis.

Une secrétaire de mairie

Jeanne Barnier, née en 1918, avait une vingtaine d'années pendant la guerre. Secrétaire de la mairie de Dieulefit, elle y confectionnait de faux papiers, comme le rappelle le Musée de la Résistance en ligne. Elle a été reconnue Juste parmi les Nations en 1988. Son cas illustre une forme de sauvetage moins visible que l'hébergement : celle des fonctionnaires qui, depuis l'intérieur de l'administration de Vichy, ont rendu possible la vie sous une fausse identité.

Les autres noms

Pour Henri Morin, Pol et Madeleine Arcens, Elie et Emmeline Abel, les sources publiques que nous avons consultées donnent la profession, les dates et l'année de reconnaissance, mais pas le récit de ce qu'ils ont fait. Ces récits existent dans les dossiers de reconnaissance, constitués à partir de témoignages de personnes sauvées. Ils peuvent être consultés par l'intermédiaire de la base de données des Justes de Yad Vashem et du Comité français pour Yad Vashem. Nous ne les résumons pas sans les avoir lus.

Dans les villages voisins

La même liste recense des Justes dans trois communes voisines de la vallée du Jabron :

Ces reconnaissances tardives, jusqu'en 2017, rappellent que la liste n'est pas close. Un dossier peut encore être ouvert aujourd'hui, à condition de réunir des témoignages ou des documents sur l'aide apportée.

La plaque de la mairie

Le 8 mai 2008, une plaque a été inaugurée dans le hall de l'hôtel de ville de Dieulefit. La fiche que lui consacre le Comité français pour Yad Vashem associe à ce lieu de mémoire les noms de Madeleine et Pol Arcens, Jeanne Barnier, Henri Morin, Simone Monnier, Marguerite Soubeyran, Elie et Emmeline Abel et Catherine Krafft, et indique que la commune est membre du réseau « Villes et villages des Justes de France ». La fiche ne reproduit pas le texte de la plaque.

Comment vérifier un nom

  1. Consultez la base de données des Justes de Yad Vashem, interrogeable par nom, pays et localité.
  2. Cherchez la fiche du Comité français pour Yad Vashem, qui donne pour chaque dossier le numéro, les dates et, souvent, un résumé de l'action.
  3. Croisez avec les archives locales : registres de la mairie, Archives départementales de la Drôme, travaux des associations d'histoire locale.
  4. Méfiez-vous des listes recopiées : dates de décès, orthographes et années de reconnaissance divergent souvent d'une source à l'autre.

Sources