18 janvier 2007 : l'hommage de la Nation aux Justes de France au Panthéon

Le 18 janvier 2007, la République a fait entrer les Justes de France au Panthéon, non pas par le transfert de cendres, mais par une inscription dans la crypte. Ce soir-là, Simone Veil prononça un discours souvent cité, et une installation d'Agnès Varda fut présentée pour la première fois.
Une inscription dans la crypte
Le Panthéon accueille depuis la Révolution les grands hommes, puis les grandes femmes, auxquels la Nation entend rendre hommage. Pour les Justes de France, il ne pouvait s'agir de transférer des restes : ils sont des milliers, la plupart anonymes. L'hommage a pris la forme d'une inscription dans la crypte. Selon le Comité français pour Yad Vashem, c'est le président de la République Jacques Chirac qui, sur la proposition de Simone Veil, présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, a ainsi donné aux Justes de France une place parmi les grandes figures du pays. L'inscription dit qu'ils « ont incarné l'honneur de la France ».
Le choix est cohérent avec la nature du titre : décerné par Yad Vashem à des personnes, il distingue des actes individuels, et non une région ou un village entier. Les critères et la procédure sont expliqués dans notre article comment devient-on Juste parmi les Nations.
Le discours de Simone Veil
Le discours prononcé ce soir-là par Simone Veil est publié par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Il s'adresse d'abord aux Justes eux-mêmes, présents ou absents, et à ceux qui ont aidé sans chercher de reconnaissance. Quelques phrases en résument l'esprit :
« On ne saura jamais exactement combien vous êtes. Certains sont morts, sans juger utile de se prévaloir de ce qu'ils avaient fait. »
« Vous n'avez pas cherché les honneurs. Vous n'en êtes que plus dignes. »
« Les Justes de France pensaient avoir simplement traversé l'Histoire. En réalité, ils l'ont écrite. »
Le discours ne gomme pas la responsabilité de l'État français. Simone Veil y distingue « la France de Vichy, responsable de la déportation de soixante-seize mille juifs, dont onze mille enfants », et les hommes et les femmes grâce auxquels « les trois quarts des Juifs de notre pays ont échappé à la traque ». Elle remercie le président de la République d'avoir publiquement reconnu la responsabilité de l'État dans les lois de Vichy, une reconnaissance prononcée par Jacques Chirac en juillet 1995.
L'installation d'Agnès Varda
Pour la cérémonie, le ministère de la Culture a commandé à Agnès Varda une œuvre, présentée au Panthéon le 18 janvier 2007 sous le titre « Hommage aux Justes de France ». La notice du Festival d'Avignon, qui l'a montrée en juillet 2007, la décrit ainsi : des photographies de visages posées au sol ou dressées par paires sur un grand cercle, un grand arbre de photographies géantes au fond, et, au-dessus, quatre écrans sur lesquels sont projetés deux films. L'un, en noir et blanc, évoque l'histoire ; l'autre, en couleurs, montre les gestes ordinaires par lesquels des Justes ont sauvé des Juifs.
Ce film a un lien direct avec la Drôme. Présentant une projection organisée à Dieulefit en octobre 2021, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah indiquait qu'il avait été tourné en partie dans le bourg. Le choix n'est pas surprenant : Dieulefit compte neuf Justes parmi les Nations, présentés dans notre article sur les Justes de Dieulefit.
Une journée nationale depuis 2000
L'hommage de 2007 prolonge une loi plus ancienne. La loi du 10 juillet 2000 a donné son nom actuel à la journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux « Justes » de France. Elle a lieu le 16 juillet, date anniversaire de la rafle du Vélodrome d'Hiver de 1942, si ce jour est un dimanche, et sinon le dimanche suivant. Cette journée existait depuis un décret de 1993 ; la loi de 2000 lui a ajouté l'hommage aux Justes. Chaque année, des cérémonies ont lieu dans les départements, souvent devant les plaques qui portent les noms des Justes de la commune, comme celle inaugurée le 8 mai 2008 dans le hall de la mairie de Dieulefit.
Ce que l'hommage ne dit pas
Le Panthéon honore une catégorie de personnes, mais la reconnaissance reste individuelle et dépend des dossiers constitués. Des sauveteurs sont morts sans témoin, d'autres ont refusé d'être distingués ; Simone Veil le rappelait elle-même. Les chiffres publiés par Yad Vashem augmentent chaque année et restent, de l'avis même de ceux qui les diffusent, une mesure incomplète du sauvetage. À l'échelle d'un bourg comme Dieulefit, l'hommage national invite surtout à retrouver les noms, les lieux et les dates : c'est le sens de notre article sur Dieulefit sous l'Occupation.
Sources
- Simone Veil, discours lors de la cérémonie du Panthéon en hommage aux Justes de France, 18 janvier 2007, Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
- Comité français pour Yad Vashem, « Les Justes parmi les Nations » et fiche « Mairie de Dieulefit » (consultés le 26 octobre 2026).
- Festival d'Avignon, « Hommage aux Justes de France », Agnès Varda, édition 2007, notice du programme.
- Fondation pour la Mémoire de la Shoah, « Drom'N Klez - Festival de musique klezmer à Dieulefit », présentation du festival, 15-17 octobre 2021 (consultée le 26 octobre 2026).
- Loi n° 2000-644 du 10 juillet 2000 instaurant une journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux « Justes » de France, Légifrance.
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