Vivre au pays

Une résidence-mission d'artistes en territoire rural : l'exemple du pays de Dieulefit-Bourdeaux

Vivre au pays · Publié le 2026-10-26

Une place de Dieulefit bordée d'immeubles aux volets bleus, avec des terrasses de café sous des stores rouges et une fontaine au premier plan
Une place du centre de Dieulefit. Photographie de J.-Jacques Joly, versée dans le domaine public.

Dans un territoire sans grand équipement culturel, comment faire rencontrer des artistes et des habitants qui ne vont ni au théâtre ni au musée ? La résidence-mission est l'une des réponses de l'État et des collectivités. Les appels à projets publiés par la communauté de communes Dieulefit-Bourdeaux montrent concrètement comment elle fonctionne.

Le cadre : l'éducation artistique et culturelle

L'éducation artistique et culturelle (EAC) est une politique conduite conjointement par les ministères de la Culture et de l'Éducation nationale. Elle repose sur trois piliers, que reprennent les appels à projets du pays de Dieulefit : la pratique artistique, la rencontre des œuvres et des artistes, et la connaissance des enjeux de l'art, pour développer l'esprit critique.

Sur un territoire, cette politique prend souvent la forme d'une convention territoriale (CTEAC) entre l'État, représenté par la direction régionale des affaires culturelles, et des collectivités. Dans le pays de Dieulefit-Bourdeaux, la démarche a été initiée par la DRAC Rhône-Alpes. Une première convention couvre la période 2014-2017, avec trois résidences d'artistes ; une deuxième la période 2018-2021 ; une année de transition suit en 2021-2022, avec l'État, la Région, le Département et la CAF.

Le territoire, tel que le décrit l'appel à projets

Les appels à projets, publiés sur le site du ministère de la Culture, décrivent le territoire avec franchise : 21 communes, 9 360 habitants, un bourg-centre de 3 150 habitants, une zone de revitalisation rurale. Ils soulignent la densité du réseau associatif, dont une petite cinquantaine d'associations culturelles, et la présence de médiathèques, de musées, d'un cinéma, d'une librairie et de galeries actives toute l'année. Ils pointent aussi l'enclavement : aucun transport en commun hors bus scolaires, et des sorties scolaires rendues difficiles par le coût de la location de cars. Le portrait complet du territoire est dans notre article sur le pays de Dieulefit-Bourdeaux.

Ce que l'on attend de l'artiste

La résidence-mission n'est pas une résidence de création. L'artiste n'est pas accueilli pour produire une œuvre, mais pour mener, sur la durée, un travail avec les habitants. Les appels à projets de Dieulefit-Bourdeaux demandent :

En 2021, la communauté de communes recherchait un artiste travaillant en littérature, en vidéo ou en architecture, après des résidences consacrées à la musique, à la danse ou à la photographie. Le projet devait porter un regard sur le patrimoine local et favoriser la réflexion sur les enjeux climatiques et environnementaux.

Les publics prioritaires

Les appels à projets ciblent d'abord les jeunes générations, de la petite enfance à la jeunesse, à l'école et hors de l'école, et les personnes qui, pour des raisons culturelles, économiques, géographiques ou physiques, n'ont pas un accès simple à la vie artistique. Sur le territoire, ils citent les personnes âgées en institution ou vivant chez elles, les jeunes en temps scolaire et dans des institutions spécialisées, les enfants de moins de trois ans et les adultes en institution spécialisée. La radio locale Radio Là, média participatif, est associée au suivi et à la communication des résidences.

Durée, budget, conditions

ÉlémentAppel 2018-2021Appel 2021-2022
DuréeTrois ans, de l'automne 2018 au printemps 2021Une année scolaire, de septembre 2021 à juin 2022
Présence attendue6 à 7 semaines par an, soit 60 à 70 demi-journées, plutôt d'octobre à avril6 à 7 semaines au minimum, soit 60 à 70 demi-journées
Budget20 000 à 25 000 € TTC20 000 à 25 000 € TTC
Ce que couvre le budgetFrais artistiques, coordination et réunions, déplacements, hébergement, restauration, binôme local éventuel ; la communication n'est pas comprise

Les critères de sélection sont précis : un artiste, une compagnie ou un collectif professionnel et structuré, rattaché à une structure juridique pouvant émettre des factures ; capable d'investir des lieux qui ne sont pas destinés à l'art et de s'adapter à des publics très différents ; et « autonome dans ses déplacements ». Une attention particulière est portée à la légèreté technique des propositions et à la limitation des coûts annexes.

Ce que cela dit de la vie d'artiste en milieu rural

Ces documents disent beaucoup des conditions concrètes du travail artistique hors des villes. Le budget couvre l'hébergement et les déplacements : un artiste qui ne vit pas sur place doit trouver où loger pendant six à sept semaines par an, réparties sur plusieurs mois, et disposer d'une voiture. Les potiers et céramistes installés de longue date, dont notre article de l'argile au four retrace le savoir-faire ancien, connaissent ces contraintes. Pour qui envisage de s'établir durablement, notre guide pour se loger et vivre dans un bourg d'artistes de la Drôme détaille les questions de logement et de location.

Sources